Azélie Fayolle soutiendra sa thèse de doctorat, intitulée Ernest Renan: savoirs de la nature et pensée historique, à l’UPEM (5, bd Descartes, bâtiment Copernic, salle 3B023, Champs-sur-Marne 77420, station Noisy-Champs), le vendredi 29 novembre à partir de 14h30.

Le jury sera composé de:

Mme Gisèle Séginger – Professeure, UPEM (Directrice de la thèse)
Mme Sophie Basch – Professeure, Sorbonne-Université (Présidente)
M. Claude Blanckaert – Directeur de Recherches, C.N.R.S. (Examinateur)
M. Maurice Gasnier – Maître de Conférences H.D.R., U.B.O. (Examinateur)
M. Thomas Klinkert – Professeur, Université de Zürich (Rapporteur)
Mme Annie Petit – Professeure émérite, Université Paul-Valéry (Rapporteure)
M. Michel Pierssens – Professeur émérite, Université de Montréal (Rapporteur)

Résumé:

Inscrite dans le sillage de l’épistémocritique, cette thèse se propose d’étudier les rapports entre histoire et sciences naturelles dans l’ensemble du corpus d’Ernest Renan. Les sciences naturelles ne sont pas, pour l’historien, une préoccupation de premier plan : elles restent cependant, tout au long de ses travaux, un modèle méthodologique constant. Cette thèse vise ainsi à reconstituer l’élaboration du modèle de pensée que représentent pour lui les sciences naturelles, modèle qui remplace progressivement dans ses notes de travail celui des sciences physiques. La première partie de ce travail reconstitue la pensée de la « science idéale », ainsi que son application en une « science positive », pensée que Renan a développée dans L’Avenir de la science (1848, 1890) et dans de nombreux articles. En élaborant une classification des sciences, Renan se fait un des fondateurs des « sciences de l’humanité », tout en favorisant un dialogue interdisciplinaire. La deuxième partie retrace ensuite les méthodes historiques et philologiques de Renan en les replaçant dans le contexte des avancées naturalistes de la période. Ainsi, de l’embryogénie à la philologie comparée, inspirée de l’anatomie comparée de Cuvier puis d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, les sciences naturelles constituent pour Renan un réservoir d’outils méthodologiques. Cette reconstitution des méthodes de l’historien débouche sur une analyse des métaphores employées par Renan : l’embryon, mais aussi le germe ou la propagation, construisent patiemment une histoire des religions remotivée par les avancées scientifiques du XIXe siècle, comme la découverte des virus. La troisième partie ressaisit l’idée de nature sous-jacente dans les textes de Renan, pour interroger la fabrique de l’histoire et le statut du document pour l’historien. Renan est le premier en France à réaliser une étude sécularisée et scientifique des textes sacrés, dont la Bible. Ce projet sulfureux le conduit à élargir la notion de document : le texte sacré devient une source pour le philologue, comme la nature et les paysages eux-mêmes. La production du document par l’historien n’est pas en reste : la question du statut du texte de l’historien, fait de conjectures et d’hypothèses, conduit Renan à développer une épistémologie historienne et scientifique qui interroge le statut de la fiction, placée dans ses Dialogues philosophiques (1876) entre les certitudes, les probabilités et les rêves. L’exemple du corpus renanien permet non seulement un cas pratique d’épistémocritique, mais un approfondissement des théories de la métaphore et de la fiction dans le contexte de textes scientifiques. La péremption des modèles de pensée et des images de Renan crée un effet d’estrangement, qui en rend plus sensible la métaphoricité.